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L’immobilier, c’est fini !

Points de vueBureaux

le 04 Jan 2022

Depuis que notre planète, variant après variant, vit dans l’angoisse d’un virus importun, les propos de comptoir – ou plutôt de twitter – aussi stupides ou crétins soient-ils, sont devenus paroles d’Évangile. Spécialiste de votre domaine, vous avez étudié, observé, publié, taisez-vous ! A contrario, sans la moindre compétence, sans la plus petite expérience, si ce que vous avancez n’est ni prouvé, ni probable, saisissez-vous des claviers, emparez-vous des micros ! L’humanité, religieusement, vous écoute.

En médecine, bien qu’il fallût naguère de longues années pour en atteindre le doctorat, la simple annonce de l’assouplissement du numerus clausus a multiplié, par temps d’épidémie, comme champignons après la pluie, la confrérie des Knock de réseaux et des Diafoirus de plateaux. Avec des conséquences moins graves pour notre santé et une sollicitation moins insistante de la part des chaînes d’information continue, en immobilier aussi, pléthore de Nostradamus, depuis 24 mois, n’ont pas manqué de faire part de leurs élucubrations. On peut les passer en revue.

Le bureau, c’est fini ! Rasez ces tours que je ne saurais voir. Installez votre ordinateur dans votre cuisine ou votre salle de bain. La fin du travail est pour demain. C’est par l’entremise exclusive de Zoom, Teams et GoToWebinar, grâce aux bouillons de culture du coworking et du flexoffice que, dorénavant, nous allons turbiner. Dans cet environnement inédit, sans repères, ni collègues, les nouveaux recrutés s’inquièteraient, avant toute autre chose, du nombre de jours par mois, 10, 20 ou 30, pendant lesquels ils télé-travailleront et, peut-être même, télé-téléront. Plutôt que de ses valeurs et de ses objectifs, au moment de signer leur contrat, désinhibés, ils s’enquerraient uniquement de la taille des pistes de bowlings, du nombre de phytothérapeutes sinophones, des horaires de la chorale ou de l’accès aux cours de Zumba qu’un employeur leur proposera. Sans cela, ils adhéreront à ce phénomène qu’on appelle la « Grande Démission » et qui voit des collaborateurs blanchis sous le harnais, à qui on aurait donné le Cac 40 sans confession, exiger, déboussolés par les masques, le gel et les couvre-feux, une rupture conventionnelle et dix ans de salaire dans l’instant et sur l’air des lampions

Pour autant, le travail éclaté ne pourra éternellement durer. Nous avons vécu, depuis le premier confinement, sur une lancée, une inertie, des acquis qui ont permis de conserver la tension du collectif, l’esprit d’équipe, l’énergie commune des projets. Mais on ne vit indéfiniment en phygital et en distanciel. Pour inventer, organiser et comparer, en êtres sociaux, faits non pas d’octets et d’écrans, mais de chair et de sang, il faut se réunir, parler, apprendre à se connaître et à agir ensemble. Ce temps reviendra. Sans quoi le futur ne se construira pas. Ne serait-ce que pour ne pas mettre nos écosystèmes territoriaux, notre protection sociale, les solidarités de nos sociétés en danger. Pourquoi, en effet, s’il n’y avait d’autres liens qu’une solide connexion entre un service support et sa direction générale, les plus audacieux d’entre nous ne travailleraient-ils pas depuis l’Alsace, la Corse ou la Bretagne pour une grande banque de Manhattan ou un conglomérat shanghaien ? Et pourquoi les meilleurs de Dakar, de Rio, de Hanoï ou de Casablanca ne capteraient-ils pas, au nom du même cosmopolitisme numérique, les emplois initialement destinés à La Défense ou aux Tours Duo ? Attention à la fuite des cerveaux, des intelligences, des talents, à une mondialisation des fonctions, des métiers créant une société à deux vitesses entre les extrêmement nomades et les quasiment immobiles. Pour éviter cela, en s’attelant aux trois transitions, écologique, numérique et technologique qui décarboneront et végétaliseront sièges et immeubles, ainsi que le prône l’astucieux Woodeum, en prenant de la triste période que nous vivons le zeste de progrès relationnel qu’elle contient, il faudra toujours des bureaux, des gens pour les imaginer, les construire et les vendre.

L’usine, c’est fini ! Les sheds vont fermer. Les chaînes vont s’arrêter. La décroissance est à nos portes. Autres cris prématurés, autres hurlements sans fondement. Là encore, ne nous affolons pas…

Il n’est pas évident, il n’est pas utile, que la prochaine révolution industrielle nous fasse revenir aux ateliers, aux manufactures, aux mines décrites dans Germinal. Il n’est pas écrit que Houellebecq sera le nouveau Zola. Mais, oui, il va falloir produire autrement. Plus intelligemment. Plus efficacement. En réduisant, en recyclant, en réutilisant. Frugalement. En diminuant les distances. En favorisant la proximité et l’économie circulaire. Avec moins de déchets, de gaspillage et de gâchis. En utilisant moins de matières premières et moins d’énergie. Pas moins produire donc, mais mieux produire… Ce n’est donc pas, alors que nous devons rapatrier, relocaliser et défendre le « fabriqué en France », que l’industrie hexagonale peut, faute de locaux appropriés, encore reculer. Pour produire chez nous des micro-processeurs, des semi-conducteurs et du paracétamol, il faut investir et moderniser, donc construire. C’est l’objet du plan de relance gouvernemental. Saisissons l’opportunité ! Avec, là aussi, un risque nouveau surgi là où on ne l’attendait pas. Les confinements et les couvre-feux ont laissé apparaître une réalité jusqu’alors masquée (pardon, cachée…) : le monde de la gestion et de l’accompagnement, une certaine bureaucratie suscitant une part de sa propre utilité, a pu s’arrêter, être court-circuité, contourné, lorsque le pays s’est refermé, en mars 2020, sans que l’activité dans les transports, la distribution alimentaire, l’énergie, n’en soit paralysée. En revanche, les univers de la décision, au « sommet » des organisations, et celui de la production, demeurée irremplaçable, ont su se retrouver et se compléter pour fonctionner. Les organigrammes en ont été transformés. Adieu le râteau et la pyramide. Des raccourcis ont été trouvés. Ce qui est inquiétant pour l’avenir des emplois intermédiaires est, même si nous sommes passés au cours des quarante-cinq dernières années d’une industrie de biens et de produits (chimie, sidérurgie, aéronautique, automobile, chantiers navals…) à une industrie de services, de tourisme et de consommation[1], une bonne nouvelle pour le secteur secondaire et ceux qui en livreront les infrastructures. Sécurisées, assistées par l’ordinateur et le robot, à taille humaine et ergonomiques, on verra encore, demain, des quais de transbordements, des cheminées, des machines, avec des murs, des attiques et des toits, du bardage et des panneaux trespa bois, du bac acier et des châssis vitrés.

Le commerce, c’est fini ! Boutiques, magasins, échoppes, à la trappe. Malls, villages de marques, centres commerciaux sont « has been ». Tout cela appartient au monde d’avant. Amazon et Deliveroo peuvent triompher, comme César, des Gaulois : Vidi, Vini, Vici. Pardonnez-moi, Votre Honneur, mais c’est néanmoins un peu plus compliqué que cela.

Sans chercher le paradoxe et la provocation, on peut faire le pari que les Français, les Européens, les Américains et les Asiatiques sont encore prêts à déambuler devant des vitrines pour peu que cela soit aussi un moment de détente, de plaisir et de convivialité. Sunday is shopping day. Les indices ne manquent pas de cette résilience marchande. Sur les Champs-Élysées, que je connais un peu, trois des anciennes galeries, les plus connues, fatiguées, usées, vieillies, se réinventent et s’embellissent, de grandes enseignes comme Carven ou Saint-Laurent s’installent, des leaders, ainsi les maisons Dior ou Vuitton, dont la durabilité des produits n’est pas la moindre des qualités, ouvrent des chantiers titanesques, d’autres, Lacoste par exemple, doublent leur surface, les foncières investissent. On va réenchanter les Champs ! Si Madison ou Saint-Germain-des-Prés souffrent, Omotésando, Gran Via, Oxford Street ou Saint-Honoré prospèrent. L’évolution favorable du cours de bourse d’un géant des centres commerciaux, dont la gouvernance fût récemment bouleversée, à la hussarde, montre que le genre continue de plaire pour peu qu’il garde agilité, beauté et créativité. L’inventivité de la Compagnie de Phalsbourg, d’Écotone en Oaziz, comme à Madrid, de l’Atoll d’Angers à Iconic de Nice, sous la houlette de Philippe Journo, le démontre amplement. Non, le commerce n’est pas « un grand cadavre à la renverse ». Hybridation avec le monde de l’Internet, scenic buildings, animation et services, facilités et esthétique, peuvent encore, de l’échoppe à la cathédrale, pendant deux à trois cents ans, attirer le chaland.

Le résidentiel, c’est fini ! Last but not least, c’est en matière d’immobilier qu’on entend les plus grosses énormités. Nous allons tous aller habiter à la campagne, fuir les villes de grande solitude, mettre l’exode urbain à la mode.

Alors quelques petits rappels. La population française, la population européenne, la population mondiale grossissent et, si cette progression doit s’arrêter un jour, nous ne sommes pas à la veille que cela se produise. Les littoraux et les montagnes, les stations balnéaires et les villages classés n’ont pas, contrairement aux pains et aux poissons du Nouveau Testament, vocation à se multiplier. Stéphane Plazza n’est pas Jésus. Tout l’Hexagone n’est pas uniformément un paradis sur lequel se pencheraient avidement les caméras « Des racines et des Ailes ». Il y a métropole et métropole. Même si notre Ministre, en le disant trop fort et trop cru, s’est fait taper sur les doigts, la protection de la planète, la fin du mitage urbain, la limitation de la progression des agglomérations en taches d’huile, impliquent, même si le rêve des Français demeure la maison individuelle, avec garage et jardin, de construire du résidentiel groupé, attractif et moderne, bourré de domotique et de services. Avant que tout bâtiment ressemble à ce que Emerige a fait magnifiquement de l’ensemble Morland, l’ancienne Préfecture de Région Ile-de-France, en y installant toute la palette du résidentiel, un marché, des services, des bureaux, soit 17 fonctionnalités, de l’eau peut couler sous les ponts. Et puis, sans qu’on puisse me taxer d’arrogance citadine, moi qui, l’âge venant, me réfugie de plus en plus souvent sur le plateau de Gadagne, pour y jouer au vigneron, comme Marie-Antoinette faisait la bergère à Trianon, nous ne partirons pas tous vivre à Gouzegouzes-Lahirac, avec l’opéra de Gouzegouzes-Lahirac, les universités de Gouzegouzes-Lahirac, les hôpitaux de Gouzegouzes-Lahirac, les salaires de Gouzegouzes-Lahirac, la boulangerie la plus proche à 10 km, la librairie à 15 et le médecin à 20. Il faudra édifier des logements, de beaux logements, d’agréables logements.

Avant de tous nous retrouver à 17h30, pour la partie de boules, sur la place du village, après quatre conférences en visio et douze confcalls enchainées, il y a encore du pain sur la planche : se préoccuper des mal-logés, en finir avec les passoires thermiques et phoniques, offrir des conditions et des espaces de travail décents à tous les salariés, réhabiliter le beau en architecture, restaurer notre patrimoine rural, châteaux, fermes, églises, créer des centres-villes où il fait bon vivre, régler le problème des banlieues où vivent – mal – 20 % des Français, décarboner la construction, traiter nos zones d’activité souvent hideuses, veiller à la qualité de l’air à l’intérieur des appartements et des bureaux, favoriser le bio-climatisme, rendre la logistique moins lourdement visible à la périphérie des agglomérations, réconcilier voiture et commerce, éradiquer habitats précaires et indignes, imaginer les magasins de demain, tirer vers la qualité le logement social qui en manque singulièrement, mixer business et habitat, empêcher que le bouton le plus utilisé d’un ascenseur soit celui qui en actionne la fermeture accélérée des portes à la barbe de celui qui pensait y entrer. La liste est longue de ce qu’il nous reste à faire pour civiliser notre filière et nos produits. Si longue que nous ne sommes pas près de nous arrêter de décerner à ceux de nos professions, si diverses, de notre filière si éclatée, des « Pierres d’Or » qu’ils auront bien méritées.

par Marc-Antoine Jamet, président du Cercle Pierres d’Or

[1] Il faut lire évidemment « La France sous nos yeux » de Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely, au Seuil, qui, après « L’archipel français », est une mine d’informations dans laquelle j’ai allégrement puisé.

La rédaction d'immoweek

Édito
par Pascal Bonnefille

le 16/03/2022

Un ministre et rien d’autre !

L’absence d’un titulaire du portefeuille du Logement est révélatrice de bien des aspects de la France contemporaine : d’abord, elle montre combien libéraux et interventionnistes sont d’accord sur un seul point : il (leur) faut un ministre (on lira à ce sujet le « Point de vue » de Philippe Pelletier). Tous les professionnels, comme les analystes, même ceux qui réclament à grands cris moins d’État ont communiqué leur frustration, voire leur colère à l’énoncé de la nouvelle équipe gouvernementale.

Logiquement, les partisans d’une action publique forte en cette matière ont entonné le même lamento. Il est donc probable que le remaniement post législatives fasse apparaître un ministre délégué ou un secrétaire d’État affecté au Logement et attribué à un rallié de la majorité sortie des urnes (si c’est le cas).

Mais cette absence est surtout le signe d’un phénomène que nous avons déjà évoqué (on le retrouve d’ailleurs dans notre série documentaire de podcasts « Ma vie de ministre du Logement ») : quand le chef de l’État, ou à tout le moins, la Première ministre (qui, au début de sa carrière dans le cabinet de Lionel Jospin avait portant le logement dans ses attributions — mais c’est à l’époque Serge Contat qui suivait spécifiquement les questions de logement —), ne s’intéressent pas au sujet, celui-ci est relégué dans les questions techniques… que le politique néglige. Et ce désintérêt se traduit immédiatement par des conséquences budgétaires : Bercy en profite comme au début du précédent quinquennat. Il n’est donc pas impossible que nous vivions un scenario du même type que la diminution forcée des APL, il y a cinq ans ; cette fois, c’est le blocage des loyers qui se profile à l’horizon. Personne n’ignore les effets dévastateurs, à terme, d’une telle mesure. Mais c’est une des rares dispositions qui ne coute rien — en apparence et au début — au budget de l’Etat, ce que, même en période de « quoi qu’il en coûte » est délicieusement apprécié par le grand argentier. Ajoutons que ce blocage est populaire (il y a beaucoup plus de locataires que de bailleurs) : il n’est donc pas impossible qu’Amélie de Montchalin (qui a fini par revendiquer ce sujet parmi ses attributions) ou mieux, son ministre délégué ait à défendre, demain, cette mesure qui devrait, elle aussi, réaliser la quasi-unanimité des acteurs contre elle…

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