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Thierry Laget (CDC Habitat) : « un plan de l’ordre de 8 milliards d’euros en faveur du logement »

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le 23 Juil 2020

Thierry LAGET Directeur general adjoint en charge du developpement des ventes et du numerique

C’est une annonce faite peu de temps après le début du confinement qui a fait réagir : celle de CDC Habitat programmant l’achat, avant le fin de l’année, de 40 000 logements en Vefa.  Un plan de relance, de soutien en faveur du logement dans cette période d’incertitudes que connaît le secteur de la promotion. Thierry Laget, directeur général adjoint en charge du développement, des ventes et du numérique de CDC Habitat, dresse, près de quatre mois après l’annonce de ce grand plan d’investissement, un bilan d’étape…

CDC Habitat a annoncé, au lendemain du confinement, le lancement d’un « plan 40 000 Vefa » : pourquoi ?

En tant que filiale d’intérêt général de la Caisse des Dépôts, nous considérons qu’il est de notre rôle d’anticiper sur les conditions de sortie de crise, de soutenir le secteur de la construction et du logement afin d’offrir aux promoteurs, ainsi qu’à toute la filière du BTP, une visibilité sur l’avenir. C’est pourquoi, dès le 27 mars, CDC Habitat a réagi rapidement en annonçant un plan d’achat massif de 40 000 logements en Vefa. De nombreux promoteurs nous ont sollicité dans ce sens. 

Comment va se réaliser votre intervention ?

Suivant les modes habituels de développement de CDC Habitat, en confortant nos fondamentaux, mais surtout en élargissant et accélérant notre plan d’action. Nous travaillons déjà avec des promoteurs dans le cadre de partenariats de longue date, pour des portefeuilles, sur des territoires “tendus” et “détendus”.  Nous avons décidé d’élargir ce mode d’opération à davantage de promoteurs et de territoires. La Caisse des Dépôts, engagée dans le programme « Action Cœur de Ville », nous a, de plus, demandé d’étendre notre périmètre d’intervention, ce qui signifie travailler davantage hors des zones tendues. Ce que nous avons aujourd’hui mis en place, avec des promoteurs autres que ceux avec lesquels nous avons contractualisé jusqu’alors. Des contacts ont été noués avec des petites structures qui rencontrent, en régions, des difficultés et ne sont parfois pas familières de la vente en bloc. La typologie de logements, avec l’achat de « logements abordables contractualisés » (LAC), a, elle aussi, été élargie.

Comment se décomposera cette “commande” et à quoi se réfère ce terme de “logement abordable” ?

Globalement, le programme porte sur l’acquisition de 15 000 logements locatifs abordables contractualisés neufs, 10 000 logements locatifs intermédiaires neufs, 15 000 logements sociaux neufs, pour le groupe CDC Habitat ou pour tout organisme de logement social membre du réseau CDC Habitat Partenaires. La part de logements abordables contractualisés est déjà dépassée. Cette notion de “logement abordable” couvre des logements libres loués à loyers maîtrisés. Ce qui répond à une demande des promoteurs qui ont un stock de logements à céder, logements qui n’entrent pas nécessairement dans la catégorie “logement intermédiaire”. Cette catégorie permet de proposer des appartements à des niveaux de loyers décotés par rapport aux loyers de marché à ceux qui sont nos principaux “clients” et que l’on appelle souvent les “travailleurs clés”, qui ne peuvent se loger dans un parc social et ne peuvent pas non plus le faire dans le parc privé. 

Que représente cet investissement et y a-t-il un type d’immeuble particulier ?

Il est de l’ordre de 8 milliards d’euros. Quant aux immeubles, nous sommes à l’écoute des professionnels : nous avons signé avec de gros opérateurs comme Nexity (pour 7 500 logements, soit 1,2 milliard d’euros) ou Cogedim et Bouygues Immobilier, avec qui un second panier est en cours, ou Kaufman & Broad. Nous avons également contractualisé avec d’autres promoteurs nationaux comme Capelli, Promogim, Icade, IDEAL, mais aussi des promoteurs régionaux et des promoteurs locaux, pour des portefeuilles de volumes variables. Ce que nous cherchons, c’est à fidéliser nos partenaires et le meilleur fonctionnement est celui qui existe lorsque les promoteurs inscrivent cette stratégie de partenariat dans leur propre stratégie. Ceci leur permet de voir plus loin et de sécuriser leurs opérations. Nous travaillons ainsi avec tous.

Où en êtes-vous des acquisitions en cours ou à venir ?

Les réponses à l’appel d’offres lancé le 27 mars sont arrivées très vite et nous avions reçu, mi-juillet, plus de 2 914 propositions d’opérations représentant 83 808 logements en France métropolitaine et 10 224 logements en Outre-mer. A ce jour, CDC Habitat a acté un volume de 30 290 logements, représentant plus de 5,7 milliards d’euros d’investissement. Cependant, comme tous les programmes sélectionnés ne sortiront pas forcément de terre, nous continuerons de recevoir et d’étudier les propositions, même après que le nombre de 40 000 logements sera en théorie atteint.

Avec quelle décote ? Et sur quels territoires ?

Une décote bloc habituelle, de l’ordre, en moyenne, de 12 %.  Les propositions reçues sont très équilibrées entre les régions : 35 % Ile-de-France, 20 % en Paca, 13 % dans le Sud-Ouest, 13 % en Auvergne–Rhône-Alpes. L’équilibre est aussi assuré en matière de zonage, avec 40 % des acquisitions en zone B1 et 10 % dans les 222 villes moyennes engagées dans Action Cœur de Ville. Quant aux promoteurs, là aussi l’équilibre est intéressant, avec 15 % de petits promoteurs locaux. Aujourd’hui, 6 000 logements avec ces promoteurs locaux sont en cours de discussion.

Combien de temps ces logements ont-ils vocation à rester dans le patrimoine de CDC Habitat ?

Nous sommes, avant tout, un investisseur de long, voire parfois de très long terme ;  nous sécurisons la partie locative et adapterons les conditions de revente à la situation du marché. En ce qui concerne le logement intermédiaire, pour moitié entre 10 et 15 ans et pour l’autre moitié, entre 15 et 20 ans. Concernant le logement libre, cela est différent et il est plus difficile de donner une durée, les arbitrages peuvent s’envisager à échéance 5-10 ans.

Le nombre important de réponses signifie-t-il une crainte des promoteurs pour le marché de l’accession ?

Il y a, c’est vrai, une recherche de sécurisation, mais ce n’est pas le seul motif. L’appétence forte des promoteurs pour la vente en bloc existait avant même cette crise sanitaire. Qu’un acteur comme CDC Habitat soit présent dans une opération rassure les banques des promoteurs et notre partenariat joue un effet levier. La clé de la relance est la confiance et c’est cette confiance que nous souhaitons redonner en activant ce plan d’achat.

La concurrence sur le marché du bloc n’est-elle pas plus forte en ce moment ?

Notre positionnement est différent de celui d’autres investisseurs : nous sommes « un loueur en blocs » ; notre métier est de louer les logements que nous achetons, aussi notre cahier des charges est exigeant, ce qui est de nature à rassurer à la fois les promoteurs et les collectivités locales. Nous sommes un loueur attentif à la vie du quartier et le logement que nous produisons, et notamment le logement social, est un vecteur de politiques publiques et d’une exigence environnementale.

Catherine Bocquet

Rédactrice en chef

Édito
par Catherine Bocquet

le 24/11/2020

Transition énergétique : « doit mieux faire », dit le Haut Conseil pour le Climat à la France

La France ne va pas assez loin ni assez vite dans sa politique en faveur de la transition énergétique. C’est le constat que pose le Haut Conseil pour le Climat (HCC) présidé par la climatologue Corinne Le Quéré dans un rapport qui vient d’être remis à la ministre de la Transition Ecologique, Barbara Pompili.

Alors, certes, le HCC concède  que « l’effort de transition » dans notre pays est « déjà en route », mais il dit surtout que celui-ci doit s’accélérer. Pour cela, le Conseil considère que seule la bonne volonté ne suffira pas et que, si l’axe  « rénovation énergétique » traduit dans le plan France Relance est une bonne idée, des moyens autrement plus significatifs devraient y être consacrés. Se référant notamment au « bon élève »  en la matière qu’est la Suède (le seul pays à avoir réussi une décarbonation quasi-totale du secteur des bâtiments) , le HCC préconise à la France de s’en inspirer, avec une stratégie en trois points : une bonne efficacité énergétique des bâtiments, en particulier via une construction neuve performante ; la décarbonation des vecteurs énergétiques pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire, via notamment le développement massif et continu des réseaux de chaleur en milieu urbain et péri-urbain et, enfin, l’évolution du parc de bâti afin d’éradiquer les situations de précarité énergétique (les fameuses « passoires thermiques »). Les moyens qui devraient être consacrés à ces objectifs sont autrement plus colossaux que ceux engagés aujourd’hui. « La massification de la rénovation énergétique nécessite d’accroître fortement et de manière pérenne les montants investis par rapport aux tendances passées »  estiment les membres du Conseil qui affirment que l’investissement annuel total (public et privé) en rénovation énergétique, actuellement estimé à environ 13 milliards d’euros, devra être multiplié au moins par deux en quelques années. Pour soutenir cet effort, les dispositifs de soutien public, actuellement de l’ordre de 4 milliards d’euros, devront être quadruplés. Et de plaider, comme l’a proposé la Convention Citoyenne pour le Climat (CCC) de compléter le dispositif public en fixant une trajectoire d’obligation de rénovation globale avec un fort soutien  financier des ménages modestes, « ceci dans une logique de justice sociale ». Ainsi, le Haut Conseil propose tout simplement de supprimer, d’ici trois ans, toutes les aides aux gestes individuels pour MaPrimeRénov’ et les certificats d’économie d’énergie (CEE), pour ne proposer que des aides « conditionnées à l’atteinte d’un niveau de performance (que l’aide soit globale ou qu’elle inclue un groupe de gestes cohérents avec un parcours global) et au recours à une assistance à la maîtrise d’ouvrage (AMO), qui doit devenir la clé de voûte du soutien public à la rénovation ». A noter que ce même HCC plaide aussi en faveur de l’éco-PTZ – dispositif qui peine à trouver son public et ses banquiers (litote) – pour augmenter son montant et sa durée en s’inspirant de l’exemple allemand (jusqu’à 120 000 euros sur 30 ans)…

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