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Philippe Pelletier – Patrick Garnier (Habitat et Humanisme) : « nous proposons un changement radical de méthode »

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le 07 Avr 2022

« La question du logement en France est traitée de façon bien étrange : c’est un sujet déterminant de la préoccupation constante des Français, et pourtant il n’est presque jamais appréhendé par les décideurs politiques, comme s’il s’agissait de questions trop techniques pour traduire une vision politique »… Philippe Pelletier et Patrick Garnier, respectivement président du directoire et administrateur de la Fédération Habitat et Humanisme, proposent de nouvelles voies d’action…

Le sujet est généralement mesuré à l’aune des mises en chantier, qui ne participent que faiblement à l’habitat des Français, et pourtant le mal-logement paraît insensible à ce score.

On reproche à l’économie du logement d’être assistée, sans prendre part à l’effort national, et pourtant les recettes de la chaîne  immobilière supplantent le montant des aides ; c’est de fait un pan majeur de l’économie du pays, que la sagesse populaire exprime par l’adage « quand le bâtiment va, tout va », et pourtant l’industrie immobilière est qualifiée d’économie de rente comme si l’on voulait la disqualifier…

Bref, le modèle fonctionne mal, manque singulièrement d’efficacité, et pourtant peu se risquent à se demander s’il est adéquat au temps présent : c’est ce risque que nous avons pris en tentant de montrer qu’une approche renouvelée du sujet est possible.

Nous proposons un changement radical de méthode, de l’offre à la demande, du neuf à l’existant, du national au local, surtout du bâtiment aux personnes. Et si on raisonnait à l’envers d’hier ? Et si la politique du logement consistait à prendre soin des Français à travers leur habitat en interrogeant leurs besoins et en y ajustant la réponse ? Et si la recherche de mixité sociale, la recréation du lien social, le renouveau du vivre-ensemble passaient par l’habitat ?

Et, inspirés par la philosophe italienne Ilaria Gaspard, nous pensons que le « Kairos », le bon moment pour intervenir, c’est le moment de la crise : nous sommes dans une crise collective qui nous force à nous repenser. Cela signifie ressentir la tension du désir de comprendre sans espérer des réponses toutes prêtes, des recettes à appliquer. Ainsi, nous articulons au fil du propos une série de voies d’action, petites et grandes, qui se traduisent par la conduite de quatre changements, exprimés par six propositions, et que nous résumons ici.

Changer les méthodes :

  • ouvrir dès la prochaine mandature un « roquelaure de l’habitat » pour dresser un bilan sans complaisance et mettre à plat méthodes et actions pour demain ;
  • développer des lieux d’écoute, de concertation, de médiation pour comprendre les besoins,  y adapter l’action et éviter les conflits ;
  • décentraliser la politique du logement en organisant au global et en décidant localement ;
  • contractualiser l’action en développant accords collectifs et contrats d’innovation ;
  • penser le logement à l’échelle du quartier ;
  • traiter l’investissement immobilier comme un investissement à part entière.

Changer d’optique :

  • en priorité mettre en sécurité les personnes dans leur habitat ;
  • assurer partout sur le territoire un hébergement inconditionnel ;
  • accompagner dans le logement les personnes en situation de précarité ou de fragilité ;
  • accélérer le chemin vers l’habitat bas-carbone ;
  • ériger le bien-être et le vivre-mieux en finalité de tout lieu d’habitat.

Changer notre relation au logement : 

  • doter le bailleur d’un statut enfin pérenne qui reconnaisse pleinement son rôle économique et social ;
  • conforter corrélativement le locataire dans son logement en haussant les critères de décence, supprimant les congés pour vendre, généralisant le droit de préemption du locataire et assurant son relogement en cas d’éviction ;
  • définir le logement social par son occupation sociale et ajuster en conséquence la solidarité urbaine ;
  • ouvrir le capital des entreprises sociales de l’habitat et développer la vente des logements aux locataires du parc social ;
  • expérimenter les modes alternatifs de propriété pour susciter une nouvelle génération de propriétaires ;
  • renforcer les biens communs pour accroître les solidarités et mieux protéger l’environnement.

Changer notre habitat :

  • mobiliser les logements vacants par des mesures incitatives « coup de poing » ;
  • multiplier les tiers-lieux pour mieux intégrer ;
  • rénover d’abord l’habitat dans le cadre du renouveau urbain ;
  • construire utile et mieux en tissu urbain ;
  • explorer comment faire du logement un centre de profits ;
  • accueillir le numérique dans nos lieux de vie.

L’enjeu pour notre société mal en point est trop important pour que tout ne soit pas tenté : risquons- nous donc ensemble, à partir du cœur de nos vies, de nous habitons, pour développer une société du prendre soin qui permette à chacun de nous d’avoir un habitat choisi, bref d’Habiter.

Extrait de « L’habitat choisi et si nous changions nos habitudes ? » Editions PC 15 euros

La rédaction d'immoweek

Édito
par Pascal Bonnefille

le 16/03/2022

Un ministre et rien d’autre !

L’absence d’un titulaire du portefeuille du Logement est révélatrice de bien des aspects de la France contemporaine : d’abord, elle montre combien libéraux et interventionnistes sont d’accord sur un seul point : il (leur) faut un ministre (on lira à ce sujet le « Point de vue » de Philippe Pelletier). Tous les professionnels, comme les analystes, même ceux qui réclament à grands cris moins d’État ont communiqué leur frustration, voire leur colère à l’énoncé de la nouvelle équipe gouvernementale.

Logiquement, les partisans d’une action publique forte en cette matière ont entonné le même lamento. Il est donc probable que le remaniement post législatives fasse apparaître un ministre délégué ou un secrétaire d’État affecté au Logement et attribué à un rallié de la majorité sortie des urnes (si c’est le cas).

Mais cette absence est surtout le signe d’un phénomène que nous avons déjà évoqué (on le retrouve d’ailleurs dans notre série documentaire de podcasts « Ma vie de ministre du Logement ») : quand le chef de l’État, ou à tout le moins, la Première ministre (qui, au début de sa carrière dans le cabinet de Lionel Jospin avait portant le logement dans ses attributions — mais c’est à l’époque Serge Contat qui suivait spécifiquement les questions de logement —), ne s’intéressent pas au sujet, celui-ci est relégué dans les questions techniques… que le politique néglige. Et ce désintérêt se traduit immédiatement par des conséquences budgétaires : Bercy en profite comme au début du précédent quinquennat. Il n’est donc pas impossible que nous vivions un scenario du même type que la diminution forcée des APL, il y a cinq ans ; cette fois, c’est le blocage des loyers qui se profile à l’horizon. Personne n’ignore les effets dévastateurs, à terme, d’une telle mesure. Mais c’est une des rares dispositions qui ne coute rien — en apparence et au début — au budget de l’Etat, ce que, même en période de « quoi qu’il en coûte » est délicieusement apprécié par le grand argentier. Ajoutons que ce blocage est populaire (il y a beaucoup plus de locataires que de bailleurs) : il n’est donc pas impossible qu’Amélie de Montchalin (qui a fini par revendiquer ce sujet parmi ses attributions) ou mieux, son ministre délégué ait à défendre, demain, cette mesure qui devrait, elle aussi, réaliser la quasi-unanimité des acteurs contre elle…

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