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André Yché (CDC Habitat) : vers la fin de la société « post-moderne » ?

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le 18 Mai 2020

Le président du directoire de CDC Habitat, André Yché, poursuit ses points de vue liés à la crise sanitaire et économique provoquée par le Covid-19.

La modernité des Lumières qui a éclairé l’Occident jusqu’au milieu du XXème siècle était fondée sur le culte de la Raison, qui avait rejeté en-dehors de l’espace politique la foi en la transcendance, régulant strictement ses manifestations sur le domaine public en les cantonnant, pour l’essentiel, dans des lieux de culte sanctuarisés. Il existait un sens de l’Histoire, tourné vers un progrès continu assis sur la science, et l’école ouvrait aux nouvelles générations l’accès à la connaissance émancipatrice, garantissant ainsi l’égalité des chances dans le modèle du concours républicain. Bien sûr, les inégalités subsistaient, mais l’injustice de l’héritage mise à part, acceptée par déférence aux exigences de la nature humaine forgée par des millénaires d’exploitation et d’obscurantisme religieux, les différences seraient désormais justifiées par le mérite et par le talent, c’est-à-dire par la contribution de chacun au Bien commun. Enfin, l’ordre social serait désormais fondé sur le Droit, instrument de la liberté humaine, et son règne serait progressivement étendu au champ des relations internationales à travers des institutions d’avenir : la SDN, l’ONU.

Au tournant des années 1960, un phénomène s’est fait jour, qui a ébranlé la société de la fin des « Trente Glorieuses », que certains penseurs ont qualifié de « post- modernité ». Il convient de souligner d’emblée une différence majeure par rapport aux Lumières. Alors que celles-ci, dans le domaine intellectuel, avaient précédé, annoncé et façonné la modernité, le mouvement de la post-modernité a précédé la pensée post- moderniste, processus descriptif privilégiant l’observation sociologique sur la construction philosophique.

Le philosophe allemand Jürgen Habermas illustre et synthétise cette réaction imprévue de la société occidentale, qu’il attribue à la convergence improbable de courants de pensée antagonistes. Ceux-ci apparaissent en réaction vis-à-vis du riche héritage de Hegel. Résumer celui-ci est hors de portée, mais il est possible d’en extraire quelques lignes de force, caractéristiques de la modernité et dont la négation donnera naissance à la « post-modernité ». Hegel envisage l’Histoire comme un processus de progrès constant de la connaissance de soi-même et du monde, de manière à permettre une évolution vers l’Idée Absolue. Le vecteur de cette progression, c’est la Raison qui n’est autre que la manifestation de l’intention divine, et qui progresse par étape dans la réorganisation du monde, procédant parfois indirectement à travers les « ruses de la Raison » grâce à de mystérieux ressorts, imprévisibles pour l’intelligence humaine. L’étape majeure dans l’Histoire correspond à la construction de l’Etat qui n’est autre que la concrétisation de l’Idée Absolue dans l’Histoire. Une cohérence émerge donc de l’ensemble des connaissances de l’Histoire et de la Nature qui alimente le progrès irréversible vers l’Idée Absolue, véritable vocation de l’Humanité.

La pensée hégélienne va donc faire l’objet de deux critiques, de gauche et surtout de droite, qui vont converger pour alimenter le post-modernisme.

La critique de gauche porte sur la confiscation bourgeoise de la Raison normative qui conduit à la dictature du Pouvoir à travers un Etat instrumentalisé. Il s’agit, en quelque sorte, d’une synthèse improbable entre Nietzche (la Raison, c’est simplement le masque du Pouvoir) et le marxisme-léninisme (l’Etat doit devenir l’instrument de la dictature du prolétariat).

La critique de droite, dispersée en de multiples rameaux, porte sur le caractère « totalisant » du système hégélien. Elle préconise une complète dissociation entre le progrès technique, qui doit être préservé, et le modèle culturel qui doit simplement répondre aux aspirations sociales, en-dehors de son cadre « bourgeois » d’origine.

En synthèse, le post-modernisme, c’est la critique de la Raison et de l’Etat, la dénonciation de la technique en tant que vecteur d’aliénation théorisé par Heidegger et la libération des mœurs. Ajoutons, et ce point est essentiel, qu’il s’agit aussi d’un modèle post-industriel, libéré de l’aliénation par le travail, mais très vite exposé à l’aliénation par la consommation. Par conséquent, c’est la contestation du principe même d’autorité.

La crise sanitaire et économique enterre-t-elle le post-modernisme en tant que courant de pensée et, avec lui, la post-modernité en tant que réalité historique ?

Divers signes en attestent : l’aspiration au retour en force de l’Etat et, d’une manière plus générale, à la restauration de l’autorité ; l’accentuation d’une volonté de réindustrialisation ; la recrudescence de divers mouvements religieux, plus ou moins dérivés du christianisme, démontrant la difficulté d’exclure toute hétéronomie du champ de l’ordre social ; l’appel à la science en tant que seule protection crédible vis-à-vis des risques naturels exacerbés par la technique, ce qui traduit une certaine schizophrénie contemporaine.

Dans d’autres domaines, il est peu probable qu’on assiste à de tels revirements : la morale judéo-chrétienne ne va pas régenter la sphère privée et l’individualisme ne va pas véritablement régresser. La réponse demeure plus ouverte s’agissant du relativisme civilisationnel et institutionnel : la démocratie est-elle toujours au firmament de l’avenir de l’humanité ? On peut en douter. La question de la transparence de la gouvernance politique des Etats, au moins autant que celle de la démocratie, de l’Etat de Droit et des Droits de l’Homme, dégradera considérablement dans l’opinion le jugement porté sur les régimes chinois, iranien, nord-coréen et vénézuélien, au même titre, d’ailleurs, que russe et saoudien.

Le point le plus immédiat est relatif à la gouvernance des entreprises, dans lesquelles la demande de leadership a toutes les chances de se trouver confortée ; non pas en terme de caporalisme, mais de véritable autorité légitimée par des résultats incontestables, par une pratique juste et équitable et, si possible, par un comportement simple et authentique. A bien des égards, l’idéologie du « self management » et de l’« auto-organisation », combinée à la définition d’une stratégie « bottom-up » et à la tolérance généralisée sera probablement jugée à l’aune de ses résultats et, dans un contexte de montée inévitable du chômage, il est peu probable que les discours creux et sentencieux qui en assuraient la promotion, en même temps que celle de leurs auteurs, suffisent à la réhabiliter. La démagogie s’épanouit dans la prospérité et sur les mers calmes ; le besoin d’autorité se manifeste par gros temps. Le profil type des leaders de demain ne sera pas celui des managers d’hier et d’aujourd’hui. Les détracteurs de pratiques de gouvernance jugées naguère définitivement dépassées ont de bonnes chances de sortir de la crise durablement « ringardisés ». Car confrontée à la vacuité de la pensée, « la culture générale demeure la meilleure école du commandement ». Charles de Gaulle.

André Yché

Valérie Garnier

Directrice de la rédaction

Édito
par Thierry Mouthiez

le 25/05/2020

Commerce : le « core » dans tous ses états…

Le contexte dans lequel s’inscrit actuellement le commerce en général et les centres commerciaux en particulier amène, logiquement, à anticiper un moindre attrait de cette classe d’actifs auprès des investisseurs.

La plupart des conseils (comme certains institutionnels également) l’ont souligné dans leurs récentes analyses du marché de l’investissement. Mais toujours en distinguant le qualitatif. Ainsi, dernièrement, Savills parlait, dans une étude ad-hoc et à propos de perspective, d’« expectative pour le commerce et l’hôtellerie, dès lors qu’on sortira des segments « core » ».

Mais, actuellement, cette notion de « core » est parfois rendue plus flou, notamment s’agissant du segment particulier des centres commerciaux. En effet, en matière d’actifs « core », les grands ensembles bien placés, en font, sans aucun doute, partie. Néanmoins, dans ce contexte de crise sanitaire, ils ne sont donc pas tous traités à la même enseigne, suivant leur gabarit et leur situation géographique.

Un « paradoxe » pour l’Alliance du Commerce, le Conseil National des Centres Commerciaux (CNCC) et la Fédération pour la Promotion du Commerce Spécialisé (Procos), que cette « décision de maintenir fermés certains centres commerciaux de plus de 40 000 m2, situés principalement en Ile-de-France et dans l’agglomération lyonnaise ». Et de souligner que cette catégorie de centres « est celle qui est la mieux équipée pour accueillir ses clients en toute sécurité, disposant des moyens techniques et humains pour ce faire » ou encore que « ces équipements et les commerces qui y sont implantés représentent un quart du chiffre d’affaires de la filière et jouent donc un rôle économique et social essentiel dans leurs territoires d’implantation ». Sans compter que « la coexistence de lieux de commerce ouverts et d’autres qui restent fermés conduit les clients à se déplacer pour leurs achats vers des lieux plus éloignés de leurs domiciles et, donc, à la concentration des flux »…

Ce qui a amené, le 19 mai dernier, le CNCC, associé à Procos et à l’Alliance du Commerce (première organisation professionnelle dans l’équipement de la personne) à appeler « le gouvernement à reconsidérer sa position en autorisant la réouverture, dès que possible, des centres commerciaux de plus de 40 000 m2 ».

La décision du tribunal administratif de Paris de suspendre, dans une ordonnance prise en référé le même jour, l’arrêté de fermeture du centre Beaugrenelle pourrait peut-être accélérer la décision, même s’il s’agit d’un centre dont la surface commerciale utile est inférieure à 40 000 m2…

Une décision d’autant plus importante que l’activité des centres commerciaux semble, en matière de reprise, sur la bonne voie. En tous cas, Eurocommercial, qui détient 11 actifs en France (dont Les Grands Hommes, à Bordeaux), mais tous d’une surface inférieure à 40 000 m2, « a pu ré-ouvrir l’ensemble de ses centres commerciaux le lundi 11 mai dernier ». Surtout, pour la foncière, le « bilan de la première semaine de reprise d’activité est positif et encourageant pour la suite » et fait valoir, entre autre, une « fréquentation globale équivalente à deux tiers de la fréquentation du lundi au samedi sur la même semaine en 2019 »…

De quoi redonner de l’attrait à ce segment de marché (à condition que tous les centres puissent être en activité) et peut-être faire cesser le massacre en Bourse de certains titres de grandes foncières spécialisées…

Portrait

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