Chargement

fredday : bool(true)
retour Accueil > Logement > Points de vue > Norbert Fanchon (Groupe Gambetta) : « quel...

Norbert Fanchon (Groupe Gambetta) : « quel ministère du logement pour le prochain quinquennat ? »

Points de vueLogement

le 04 Mai 2022

A la veille de la constitution du nouveau gouvernement, nombre de professionnels s’interrogent sur la place qu’y occupera le logement et qui sera le (ou la) titulaire du maroquin. Norbert Fanchon, président du Groupe Gambetta, livre son analyse dans un point de vue que nous reprenons ci-après.

Dans cette élection présidentielle, le thème du logement a hélas brillé par son absence. Pourtant, dans un contexte de prix et de coûts toujours plus hauts, alors que la résidence principale constitue le tiers des postes de dépenses du foyer français moyen, jamais il n’a été aussi crucial pour le pouvoir d’achat. Il en est de même pour les entreprises du BTP qui subissent de plein fouet la pénurie des matériaux, l’envolée du coût de l’énergie et les taux de crédit. A présent que les pronostics s’affolent sur les personnalités qui composeront le futur gouvernement d’Emmanuel Macron, il ne faut pas oublier celle qui occupera le portefeuille ô combien crucial du Logement.

En effet, le nom du futur (ou de la future) ministre du Logement sera scruté, sous l’angle du tempérament, de la sensibilité idéologique, mais également de l’importance. Si le ministre choisi est influent, son influence sera majorée s’il dirige un parti essentiel à la majorité présidentielle. L’opiniâtreté personnelle pèsera également dans la balance : on se rappelle que Marie-Noëlle Lienemann pouvait faire le siège du bureau du Premier ministre Pierre Bérégovoy, qui la respectait et pouvait alors reconquérir un arbitrage budgétaire perdu à Bercy…

La politique est une affaire de femmes et d’hommes. Elle est davantage encore une histoire d’idées et de convictions : depuis de trop nombreuses années, ceux qui nous gouvernent n’assimilent pas le logement à un compartiment fondamental de la politique générale de la Nation. En sont pour preuves un périmètre ministériel réduit au seul logement et une place dégradée dans l’organigramme gouvernemental.

En deux ans, la pandémie a changé le regard sur les villes moyennes et les territoires ruraux, mais également sur le rapport qu’entretiennent entre eux l’habitat, les bureaux, les commerces et la logistique. La transition environnementale transfigure la politique immobilière et sera déterminée encore plus que par toutes les autres variables. C’est pour cela que certains voudraient aussi ajouter au logement, la construction durable et la planification du territoire.

Il faut, en effet, décréter le retour des logements en cœur de ville et développer le maillage des transports publics entre métropoles et villes moyennes, pour répondre aux besoins des ménages, découragés des centres urbains et modérer les rejets de CO² et les dépenses en essence. Le prochain ministre devra préférer le logement des familles dans des villes moyennes plutôt que celui des entreprises dans des villes-dortoirs.

Quant au rang protocolaire, il a une importance déterminante que l’opinion ignore. Quand le secrétaire général de l’Élysée égrènera les noms du gouvernement sur le perron, les premiers cités seront toujours les mieux lotis dans les dotations budgétaires. Le rattachement à l’un de ces ténors peut sembler équivalent… Ce n’est pas le cas, sauf si un ministre est prêt à défendre sans calcul son ministre délégué ou son secrétaire d’État, comme s’il défendait sa propre cause. Le logement mérite ce qu’il est convenu d’appeler un ministre d’État, titre honorifique qui témoigne de la préséance politique conférée au portefeuille concerné. Il faut remonter loin dans le temps pour trouver la marque de cette estime faite au logement : Pierre Méhaignerie en 1986, ministre de l’Équipement, du Logement, de l’Aménagement du territoire et des Transports ; Jean-Louis Borloo en 2005, ministre de la Cohésion sociale, de l’Emploi et du Logement puis, en 2007, ministre d’État, ministre de l’Écologie. Ceux-ci ont eu tout à la fois les plus larges responsabilités et le plus haut rang gouvernemental, dans les trois premiers après le chef du gouvernement.

En somme, il faut espérer pour le logement le plus beau destin lors des attributions ministérielles… en tout cas, meilleur qu’il y a cinq ans, quand le portefeuille avait été purement et simplement oublié. Lors du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, le logement avait été rajouté par un décret modificatif au rôle de Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires. Les politiques qui ont suivi ont prouvé que l’oubli n’en était peut-être pas un. Si on veut l’équilibre du pays et éviter que la prochaine crise sociale soit celle du logement, un sort politique inverse est nécessaire.

Franky Ekoume

Édito
par Pascal Bonnefille

le 16/03/2022

Un ministre et rien d’autre !

L’absence d’un titulaire du portefeuille du Logement est révélatrice de bien des aspects de la France contemporaine : d’abord, elle montre combien libéraux et interventionnistes sont d’accord sur un seul point : il (leur) faut un ministre (on lira à ce sujet le « Point de vue » de Philippe Pelletier). Tous les professionnels, comme les analystes, même ceux qui réclament à grands cris moins d’État ont communiqué leur frustration, voire leur colère à l’énoncé de la nouvelle équipe gouvernementale.

Logiquement, les partisans d’une action publique forte en cette matière ont entonné le même lamento. Il est donc probable que le remaniement post législatives fasse apparaître un ministre délégué ou un secrétaire d’État affecté au Logement et attribué à un rallié de la majorité sortie des urnes (si c’est le cas).

Mais cette absence est surtout le signe d’un phénomène que nous avons déjà évoqué (on le retrouve d’ailleurs dans notre série documentaire de podcasts « Ma vie de ministre du Logement ») : quand le chef de l’État, ou à tout le moins, la Première ministre (qui, au début de sa carrière dans le cabinet de Lionel Jospin avait portant le logement dans ses attributions — mais c’est à l’époque Serge Contat qui suivait spécifiquement les questions de logement —), ne s’intéressent pas au sujet, celui-ci est relégué dans les questions techniques… que le politique néglige. Et ce désintérêt se traduit immédiatement par des conséquences budgétaires : Bercy en profite comme au début du précédent quinquennat. Il n’est donc pas impossible que nous vivions un scenario du même type que la diminution forcée des APL, il y a cinq ans ; cette fois, c’est le blocage des loyers qui se profile à l’horizon. Personne n’ignore les effets dévastateurs, à terme, d’une telle mesure. Mais c’est une des rares dispositions qui ne coute rien — en apparence et au début — au budget de l’Etat, ce que, même en période de « quoi qu’il en coûte » est délicieusement apprécié par le grand argentier. Ajoutons que ce blocage est populaire (il y a beaucoup plus de locataires que de bailleurs) : il n’est donc pas impossible qu’Amélie de Montchalin (qui a fini par revendiquer ce sujet parmi ses attributions) ou mieux, son ministre délégué ait à défendre, demain, cette mesure qui devrait, elle aussi, réaliser la quasi-unanimité des acteurs contre elle…

Portrait

Chargement

Page 0 /

Vis à vis

Zoom 1

Vous devez être connecté pour télécharger le magazine