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François Le Levier (CBRE) : « la logistique, une valeur de placement d’avenir »…

InterviewsLogistique

le 20 Avr 2020

Crise sanitaire ou pas, l’équipe investissement industriel et logistique de CBRE performe avec 1,45 milliard d’euros de transactions réalisées au premier semestre et un autre milliard d’opérations en cours de négociations « bien avancées » comme le souligne son directeur François Le Levier. Il est vrai que ce grand spécialiste évoque un « bilan extrêmement positif » pour ce créneau du marché et une classe d’actifs qu’il considère être « une valeur de placement d’avenir »…

Quel premier bilan pour l’investissement en immobilier logistique au cours du 1er trimestre ?

Le bilan est extrêmement positif pour l’investissement sur le marché industriel et logistique au cours des trois premiers mois de l’année. Les volumes sont historiques avec 50 % de plus investis par rapport au premier trimestre 2019. Nous recensons, en effet, pas moins de 1,5 milliard d’euros engagés dans l’Hexagone.
 On retiendra, notamment, la cession du portefeuille paneuropéen de GreenOak à notre client Patrizia, dont la partie française représente environ 550 millions d’euros, ou encore le portefeuille de Carlyle que nous avons vendu a Ivanhoé Cambridge pour un montant d’environ 370 millions d’euros.
 Bien sûr, ces transactions sont l’aboutissement de négociations entamées l’année dernière – qui fut une année record (avec 6 milliards d’euros investis dans l’industriel et la logistique) – et ne préjugent pas du futur… même si nous pensons que nous devrions cette année dépasser les 3 milliards d’euros investis, ce qui serait encore au-dessus de la moyenne historique.

Les taux de rendement au plus bas ont également été confirmés à 4 % pour le neuf et 5 % pour l’ancien en logistique ; 5,25 % pour l’industriel neuf, ce qui correspond à des valeurs vénales pour le neuf qui se sont envolées au-delà de 1 000 euros du mètre carré.

On dit que la logistique est relativement épargnée. Qu’en pensez-vous?

Si cette période annonce un tournant du cycle immobilier, le secteur de l’immobilier logistique semble offrir une meilleure résistance car il repose sur de solides fondamentaux.

Du point de vue immobilier, les produits logistiques sont des bâtiments de grande qualité, dont l’offre est encore inférieure à la demande dans certaines régions et notamment du point de vue des autorisations ICPE ; des bâtiments qui offrent, par ailleurs, des valeurs locatives parmi les plus basses d’Europe.

Du point de vue financier, tant que les taux d’emprunt restent très bas et même si les marges des banques augmentent, l’écart entre le coût de l’argent et la rentabilité des entrepôts reste supérieur aux autres classes d’actifs.

Du point de vue économique, la croissance inexorable du e-commerce et la nécessité d’approvisionner les villes de manière toujours plus rapide, toujours plus propre, en font un actif stratégique pour le fonctionnement de l’économie et la consommation.

Quel impact, selon vous, la crise sanitaire actuelle peut-elle avoir sur l’immobilier logistique ?

Bien que cette crise ait mis en relief le rôle particulièrement crucial de la logistique, cette dernière ne devrait pas échapper à la crise.

Sur le marché de l’investissement, l’impact va concerner principalement les produits non « core », pour lesquels la plupart des investisseurs qui s’y intéressent auront recours à une dette plus coûteuse. Il faut s’attendre à un écart plus marqué avec les produits « core ».

Sur le marché locatif, l’impact va se traduire par une baisse de la demande placée et une stabilisation des valeurs locatives, particulièrement pour les secteurs hors agro-alimentaire et sur le marché des locaux d’activités.

Cependant, ces impacts seront limités grâce à de puissants amortisseurs ; conjoncturels, d’abord, par un report sur la pierre en période de forte volatilité et particulièrement sur cette classe d’actifs qui résiste mieux ; structurels ensuite, du fait du déséquilibre entre la masse des capitaux disponibles, notamment par les « cash players », en rapport avec l’offre existante.

Quelles conséquences pour votre activité de conseil ?

Cette période devrait permettre un rééquilibrage des valeurs et être source d’opportunités.

Concernant les transactions investissement, la plupart des opérations bien engagées avant la crise ont pu aller jusqu’à la signature sans encombre ; celles en cours de négociation ou prêtes à démarrer ont été, pour la plupart, suspendues pour être reportées post confinement. Il faut donc s’attendre à un redémarrage au cours des troisième et quatrième trimestres.

Par ailleurs, bien qu’il soit encore trop tôt pour l’estimer avec précision, nous pensons que des opportunités d’arbitrage devraient venir de la part de certains utilisateurs dans le cadre d’opérations de « sale and leaseback » ou d’investisseurs dont la situation financière le requiert…


Plus précisément, quels résultats pour CBRE dans ce créneau de marché depuis le début de l’année et comment vous organisez-vous ?

Sur le 1er trimestre, les résultats sont inespérés : notre équipe de 10 spécialistes a réalisé plus de transactions que sur l’ensemble de l’année dernière avec 14 transactions représentant un volume de 1,45 milliards d’euros. Bien sûr, il s’agit de la concrétisation de transactions dont les négociations étaient engagées depuis l’an passé, mais nous disposons encore d’un milliards d’euros de transactions en cours de négociation bien avancées pour cette année…


A plus long terme, comment voyez-vous évoluer la classe d’actifs de l’immobilier logistique ?

La classe d’actif de l’immobilier logistique est une valeur de placement d’avenir, d’abord parce que la démographie urbaine augmente tout comme les modes de consommation via le e-commerce et qu’il faut une chaîne de stockage et d’éclatement des produits jusqu’à la livraison, depuis les méga plateformes au barycentre des chemins d’importation, des transports routiers, des bassins d’emploi, des capacité ICPE et des destinations finales, en passant par les messageries pour éclater ces marchandises jusqu’au point relai en milieu urbain dense. Ensuite, parce que ces bâtiments ont considérablement évolué et font appel à des normes strictes qui augmentent leur longévité, leur liquidité et diminuent leur « capex ». Enfin, parce que, même en temps de crise, il faut, coûte que coûte, continuer à « nourrir » la ville.

Thierry Mouthiez

Directeur de la rédaction

Édito
par Pascal Bonnefille

le 16/03/2022

La « divine surprise » Olivier Klein

Tout le secteur de l’immobilier, et singulièrement du logement, avait (très !) mal vécu l’absence de portefeuille ministériel à lui dédié. Amélie de Montchalin avait eu beau affirmer, pour rattraper le coup, qu’elle était « bien sûr » ministre du Logement, personne n’avait été dupe ou rassuré par cette absence.

Même si quelques voix, ici même, dont celles de Philippe Pelletier, ont douté de l’intérêt profond de l’existence d’un ministre « spécialisé », la nomination d’Olivier Klein a fait l’effet d’une « divine surprise » pour des professionnels souvent inquiets, à juste titre d’ailleurs.
D’abord car c’est un élu qui connaît sur le bout des doigts les questions du secteur : président de l’Anru depuis 2017 et maire de Clichy-sous-Bois, les sujets « logement » ne lui sont pas étrangers. Ensuite, autre bon signe, car l’intitulé du ministère comprend également la Ville, comme un écho au portefeuille de Jean-Louis Borloo, toujours ô combien regretté par le secteur (son Trophée du Jury aux « Trophées Logements et Territoires », 2021, l’a bien rappelé).
Reste à scruter maintenant les relations que le nouveau ministre délégué entretiendra avec Christophe Bechu qui, un mois après son entrée au Gouvernement, est promu en devenant ministre de plein exercice chargé de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires.
Mais il faudra aussi s’intéresser aux rapports du ministre délégué avec l’Elysée, Matignon et Bercy, les trois pôles du pouvoir, sans le soutien desquels un ministre, aussi compétent soit il, est bien démuni…

Portrait

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